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Leymen, le calvaire d'un électrosensible |
LeymenLe calvaire d'un électrohypersensible
![]() Matthias Moser souffre d'électrohypersensibilité depuis près de 20 ans. Photo Laurent Arnold Matthias Moser est électrohypersensible. Depuis le 30 janvier, il a installé sa tente au bord de la RD9B entre Leymen et Liebenswiller, dans une zone qui lui offre un répit.Entre Leymen et Liebenswiller, pas un automobiliste ne jette avec plus ou moins d'insistance un regard curieux sur la tente de Matthias Moser. Cet Allemand de 43 ans s'est installé au bord de la RD9B depuis le 30 janvier dans une zone où son mal a peu de chance de se réveiller. Car Matthias Moser est électrohypersensible ( EHS), un mal qui a bouleversé sa vie et qui l'oblige à errer à la recherche de « zones blanches ou demi-blanches », comme il l'explique dans un très bon français, à l'abri des ondes électromagnétiques.C'est ce qu'il a trouvé là entre les deux communes, à quelque 200 m d'une ligne 20 000 volts, tout juste la distance nécessaire pour qu'il ne subisse pas d'effets néfastes pour sa santé. La dizaine de nuits passées à -18°C ne l'a pas entamé. Son corps s'est habitué, raconte-t-il encore. « Et des gens me soutiennent, m'ont apporté de la nourriture. » Le calvaire que vit cet homme qui se destinait à devenir professeur des écoles dure depuis près de 20 ans. Trois ans avant, ses parents déménagent pour s'installer sous une ligne à haute tension. Il note quelques difficultés à s'endormir ou encore une fatigue qui se fait toujours plus présente dès 1993 et qui l'oblige à stopper ses études à l'Université pédagogique de Fribourg-en-Brisgau. Mais rien de concret. En 1994, le mal se déclenche soudainement. « J'ai ressenti d'un seul coup une douleur brutale, comme si mon cerveau allait exploser. » Il se rend alors chez un premier médecin, le début d'une « véritable odyssée ». « J'ai au moins consulté une vingtaine de médecins entre 1994 et 2000. » Mais aucun n'établit un diagnostic. En 2003, il lui est établi un certificat médical, « le premier du genre », qui reconnaît son électrohypersensibilité. Un autre suivra puis un troisième fait en France. « Ces certificats peuvent apporter quelques explications aux personnes qui viennent me voir ou qui voudraient m'expulser. » Car depuis 1996, Matthias Moser est « entré dans la nature », comme il aime à le résumer. Soit une vie d'errance. « Je suis parti. Je n'avais plus le choix. Les douleurs étaient insupportables, comme si l'on me torturait. » Il connaît des cas d' EHS qui n'ont pas voulu rompre avec leur vie normale mais qui « craquent ». « On devient faible, fatigué, dépressif. On pense au suicide. Pour récupérer des forces et vivre, on n'a pas le choix : tout quitter et devenir SDF ou mourir. » Installé trop près d'une source électromagnétique, « au bout de quelques heures, je peux avoir une crise cardiaque, développer des crampes d'estomac, faire une névralgie ». Et pour savoir ce qu'il peut supporter, il a fait des expériences sur lui-même. Jusqu'à 12V, cela est supportable. « C'est pour cela que j'aime beaucoup les anciennes voitures car il n'y a pas d'électroniques, sourit-il. Et si la bobine est assez éloignée du conducteur comme dans les anciennes 2CV, c'est parfait. » Aujourd'hui, de voiture, il n'en a plus. Sa vieille Opel l'a lâché. Il se déplace à vélo avec le maximum de ce qu'il peut transporter dont un magnétophone cassette. « J'ai équipé mon vélo pour en faire un poids lourd. » Si bien qu'il ne peut que le pousser. S'il a quitté l'Allemagne et le Bade-Wurtemberg pour venir se « réfugier en France », c'est parce que dans son pays, il n'y a plus de zone blanche accessible. Carte en main, il explique que les seules zones sont soit inaccessibles « sauf à un alpiniste » ou interdites au public. Aujourd'hui, il vit comme il peut dans le Territoire de Belfort, le secteur de Dannemarie, ou ici à Leymen. Il doit faire avec les regards suspicieux de ceux qui le prennent pour un SDF. « On me soupçonne de plein de choses mais on ne veut pas voir ma maladie. » Et depuis 2008, sa situation s'est encore compliquée quand l'Allemagne a cessé de lui verser l'équivalent français du RMI, soit un peu plus de 300 euros, le condamnant à mendier. « Heureusement des amis m'aident car l'Allemagne m'a condamné indirectement à mort. » Il a porté plainte la même année devant la Cour européenne des Droits de l'Homme puis attendu plus de deux ans pour voir sa requête rejetée. La Déclaration des Droits de l'Homme, il s'y accroche pourtant comme d'autre à une bouée. « Mais je ne vis qu'un paradoxe après l'autre. Je suis devenu un sous-homme au regard de la Déclaration. » Lui rêve de zones blanches réservées aux EHS avec « un droit d'habitation ». Pour l'instant, une caravane dans un endroit sans ondes suffirait à son bonheur. Pour commencer à voir le bout du tunnel. La Suède en exempleLes chiffres divergent quant à savoir le nombre d'électrohyper-sensibles. Car la maladie n'est pas reconnue. Seuls quelques pays ont franchi le pas, à l'instar de la Suède où l'électrohyper-sensibilité est une infirmité physique officiellement reconnue. Dans ce pays, on a recensé près de 300?000 personnes présentant des symptômes au contact de sources de champs électromagnétiques. Les électrohypersensibles ont leur association?: la FEB (www.feb.se).En France, il existe un collectif pour la reconnaissance et la défense des électrosensibles (www.electrosensible.org).le 19/02/2012 à 05:00 par Laurent Arnoldhttp://www.lalsace.fr/ |
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