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Ci-gît la radio numérique terrestre

Ondes . Dans son rapport, David Kessler propose un moratoire de deux à trois ans pour la mise en œuvre de la RNT. Un enterrement annoncé.

La radio numérique terrestre (RNT) est morte deux fois. La première remonte à novembre 2009, avec un rapport, celui de l’ancien président de France Télévisions Marc Tessier, qui l’enterrait pour cause de coût trop élevé et d’opposition des grosses radios privées. La seconde date d’hier, le rapport de David Kessler. L’ancien directeur de France Culture et actuel DG des Inrocks offre des funérailles plus discrètes, mais des funérailles quand même : il propose un moratoire de deux à trois ans sur son déploiement. «Un lancement massif et général de la RNT nous paraît, à supposer qu’il soit souhaitable, devoir être écarté à court terme, faute de moyens.» Il ajoute, sympa : «Cela ne signifie pas, pour autant, que la RNT reste sans avenir.»

financement. Le déploiement de la RNT a été gravé dans le marbre par la loi sur l’audiovisuel de mars 2007 : à compter de septembre 2012, tous les terminaux devaient être compatibles RNT. Mais, depuis, son lancement a été repoussé plusieurs fois : dans le monde de la radio, cette nouvelle technologie et les conditions de son déploiement ne font franchement pas l’unanimité. Notamment auprès des grosses radios privées qui y sont farouchement opposées et ont pesé de tout leur poids pour que la RNT ne voie pas le jour.

Dans son rapport, David Kessler liste les arguments des pro-RNT - modernisation du média, augmentation de l’offre, extension de couverture de certaines stations -, et des antis - morcellement du marché pub dans un contexte économique morose, coûteux renouvellement du parc de récepteurs, obsolescence face à la radio sur Internet. «Dans cette situation, où les tensions sont grandes concernant la RNT, il nous paraît clairement que les conditions ne sont pas réunies économiquement pour un lancement à grande échelle», écrit-il.

Au-delà des débats techniques et technologiques, la question centrale de la RNT est celle de son financement. Le service public sera aidé par une augmentation de la redevance, les radios associatives par un fonds spécial. Mais c’est tout : selon Kessler, pas question, contrairement à ce qui a été suggéré, que le grand emprunt soit utilisé.

Le rapport évoque tout de même quelques pistes de sortie : en parallèle à ce long moratoire, Kessler propose de mettre sur pied un Observatoire de la radio numérique, sous l’égide du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), qui regrouperait les radios, les fabricants, les diffuseurs et les pouvoirs publics. Un «espace de dialogue», avec, pour missions, l’étude des expériences RNT menées à l’étranger, une réflexion sur la norme et sur les technologies alternatives de numérisation du média radio. Autre proposition, le déploiement d’expérimentations localisées pendant deux ans, notamment pour sensibiliser l’auditeur et mesurer son adhésion à la RNT. «C’est un rapport mi-figue mi-raisin», commente Yannick André-Masse, le président du diffuseur VDL, qui tente une expérience à Lyon la semaine prochaine, sous le patronage du CSA.

Test.«Il ne dit pas oui, il ne dit pas non, il laisse y aller ceux qui veulent y aller, et propose un moratoire pour les autres», résume Pierre Boucard, qui préside un groupement de radios associatives nantaises et qui mène depuis plus d’un an, avec plusieurs radios (RFI, Ouï FM, FG…), une expérimentation RNT à Nantes, qui devrait s’étendre à Saint-Nazaire cet été. Dans son rapport, Kessler propose d’ailleurs la Bretagne comme zone de test, sans doute en partant des infrastructures déjà existantes. «Enterrer la RNT serait sans doute absurde, dit-il en conclusion. Constater que les temps ne sont pas mûrs n’interdit pas d’observer et d’agir.» On a rarement vu épitaphe aussi bien tournée.

Par Isabelle Hanne

http://www.liberation.fr/medias/01012336912-ci-git-la-radio-numerique-terrestre

 

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